Je n'ai aucune limite d'âge

A 46 ans, Davide Rebellin s'apprête à disputer sa 26e saison dans le peloton sous le maillot de la nouvelle équipe de Geoffrey Coupé, Natura4ever-Sovac, où il n'aura pas de contrat professionnel. Cette longévité incroyable n'est pas près de s'arrêter: "Tant que j'ai le niveau, je continue". L'Italien explique son secret à DirectVelo en abordant également ses ambitions sportives, sa suspension pour dopage et ses plans de reconversion.

DirectVelo : A 46 ans, te voilà parti pour une 26e campagne au plus haut niveau. Toujours aussi motivé ?
Davide Rebellin : C'est la base. Je suis animé jour et nuit par cette flamme dans mon coeur, c'est le métier de ma vie. J'aime les longues sorties d'entrainement, l'excitation du peloton, regarder les courses à la télévision. Pour moi, il n'y aura jamais d'année de trop. Tant que je peux pédaler et exercer ma passion, ce ne sera jamais perdu.

« J'AI ENCORE LE NIVEAU POUR ROULER EN CONTINENTAL PRO »

Pourquoi avoir choisi la formation Natura4Ever-Sovac pour 2018 ?
Cela fait cinq années que je discute avec Geoffrey Coupé. Il me disait souvent que je devais au moins rouler une année pour lui avant de terminer ma carrière. A chaque fois, cela n'a pas été possible. J'ai senti une réelle volonté de sa part de m'avoir dans l'équipe. Il s'est déplacé en personne à Monaco pour me voir, cela ne trompe pas. Le projet mis en place avec les sponsors est sur le long terme. Nous aurons une belle équipe avec Youcef Reguigui, Gaëtan Bille et Robin Stenuit, cela peut faire mal.

Evidemment, tout aurait été différent si tu avais pu aller dans l'équipe de Jérôme Pineau, chez Vital Concept, comme cela avait été un temps imaginé... Quel fût le motif du refus ?
Il est vrai que j'ai envoyé beaucoup de candidatures dans les grandes équipes car j'estime que j'ai encore le niveau pour rouler en Continental Pro, mais cela n'a pas été possible. Mon âge ferme des portes. Je comprends cette philosophie de donner la chance aux jeunes. Je ne leur en tiens pas rigueur, c'est compréhensible.

Te reproche-t-on également ton contrôle positif à l'EPO CERA lors des Jeux Olympiques de 2008 ?
Non, plus maintenant. Après mon retour de suspension en 2011, ce fut le cas. Je pensais sincèrement que j'allais retrouver une équipe du top et disputer de nouveau les grandes Classiques. Malheureusement, ma réputation était faite. Heureusement, la CCC m'a donné l'opportunité de rebondir.

Depuis, tu as été blanchi en 2015...
La justice italienne a été lente et c'est un grand regret. D'ailleurs, j'ai attendu un an après le contrôle avant d'être suspendu. J'ai perdu beaucoup de temps. Et finalement, j'étais innocent. Cependant, on ne m'a pas pardonné cet épisode alors que d'autres oui... Je ne comprends toujours pas pourquoi. Enfin, c'est du passé, je ne peux rien n'y changer. Ce qui compte, c'est le présent.

« REVENIR SUR LES CLASSIQUES BELGES »

Justement, il y a quelques jours, sur les réseaux sociaux, on pouvait voir une photo de toi à l'entrainement sur la Côte d'Azur, dans la neige : tu vises un départ en force dès les premières épreuves du calendrier ?
Je veux être compétitif sur les classiques. Cela fait partie de la routine d'entrainement. Je commencerai en théorie la saison 2018 au Sharjah Tour (24-27 janvier). Normalement, j'enchainerai avec des épreuves françaises comme le Tour La Provence ou le Tour du Haut-Var. En mars-avril, j'espère revenir sur les courses belges.

Un retour qui pourrait déjà intervenir début mars lors du Grand Prix Samyn ?
Ce serait sympa d'être au départ. Nous espérons obtenir une invitation. Avec Gaëtan Bille et Robin Stenuit, nous avons des coureurs wallons dans l'équipe, cela peut nous aider à convaincre des organisateurs du sud du pays. Il y a également la Flèche Brabançonne où j'ai terminé cinquième en 2015. J'ai également appris qu'il y avait la Flèche Ardennaise (1.2) au mois de mai avec les côtes de Liège-Bastogne-Liège. Ce serait évidemment tout un symbole d'être au départ et la gagner encore plus, car je ne pense pas qu'un coureur ait réussi la passe de quatre avec l'Amstel Gold Race, la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège.

Avec la Belgique, où tu as décroché ta plus grande victoire sur Liège-Bastogne-Liège en 2004, c'est surtout une histoire d'amour ?
Oui, j'adore la Belgique et les Ardennaises. C'est le pays dans lequel je préfère courir car l'ambiance sur le bord de la route est extraordinaire. J'y ai connu ma plus belle victoire à Liège. Je rêve de terminer ma carrière sur la Doyenne ou la Flèche. Ce ne sera pas possible cette année mais l'équipe peut grandir et qui sait dans un futur proche, cela ne deviendra pas simplement une utopie. Je me réjouis à l'avance de revenir en Belgique.

Durant ta carrière, tu es devenu un spécialiste des parcours vallonnés. A 46 ans, tu n'as pas envie d'aller au bout des choses en te testant sur les pavés ?
(Il rigole). J'en ai parlé avec Geoffrey mais je n'ai pas ce feeling avec les pavés. Je n'ai pas le physique adéquat pour ce type de courses. Je ne dis pas non, pourquoi pas essayer pour le plaisir. Cependant, j'aime prendre le départ d'une course en sachant que je peux jouer un rôle important ou même la gagne. Sur une épreuve flandrienne, je risque de passer mon temps à l'arrière du peloton...

« JE COMPENSE GRÂCE A UNE CONNAISSANCE PARFAITE DE MON CORPS »

A 46 ans, tu continues d'être compétitif comme en témoigne tes deux victoires UCI obtenues en 2017, en Iran et en Indonésie. Quel est ton secret ?
La passion et... la réussite. C'est un paramètre que tu ne peux pas maitriser. On peut être aussi rigoureux qu'on veut, j'avoue avoir de la chance. Je me blesse rarement, je passe à côté des chutes, c'est un privilège d'avoir une si bonne condition physique. C'est pourquoi j'ai envie d'en profiter tant que c'est possible. De plus, ma femme continue de me soutenir, elle comprend que j'ai besoin du vélo.

Cela ne peut pas être seulement la chance...
Bien sûr, mon expérience m'aide beaucoup. Au fur et à mesure des années, je perds en explosivité. Je compense grâce à une connaissance parfaite de mon corps. Je sais que je ne peux pas me permettre d'arrêter le vélo plus de dix jours car la reprise deviendrait de plus en plus difficile au niveau physique. Je dois entretenir ma condition le plus longtemps possible sans pouvoir faire autant d'intensité à chaque fois. Je suis un coureur à l'ancienne. Je me contrôle grâce à mes fréquences cardiaques. Je sais que les nouvelles technologies apportent des calculs plus précis sur les rapports poids/puissance, les Watts, etc. Mais ce n'est pas trop ma tasse de thé.

Et récemment, tu as également adapté tes habitudes alimentaires...
Il y a trois ans, je suis devenu végétalien (il ne consomme aucun produit issu des animaux ou de leur exploitation, NDLR). J'apprécie beaucoup les animaux. Je ne supporte pas la souffrance qu'ils endurent lorsqu'ils sont tués. De plus, je digère et récupère beaucoup mieux avec ce mode alimentaire. Sur les courses et dans les hôtels, c'est plus compliqué de trouver vraiment la nourriture proportionnée à mes besoins. En tout cas, à la maison, j'ai tout ce qu'il me faut. J'ai tous les apports nutritionnels dont j'ai besoin. En plus de mon alimentation, je fais ttention à mon sommeil. Je me couche tôt. Parfois, il m'arrive même d'être au lit à 21h.

« GUIDER LES JEUNES ET TRANSMETTRE MA PASSION »

Imagines-tu que ton hygiène de vie puisse te permettre d'atteindre la barre symbolique des 50 ans en compétition ?
50 ans ? Si j'ai encore le niveau, je continue. Je suis à l'écoute de mes sensations, je n'ai aucune limite d'âge dans ma tête. Je continuerai de pédaler le plus longtemps possible. Le jour où je m'apercevrai que je n'arrive plus à lutter au plus haut-niveau, j'arrêterai mais je continuerai en tant que cyclo. D'ailleurs, peut-être qu'à ce moment-là, je me tournerai vers les "Gran Fondo".

Penses-tu, malgré tout, à ta reconversion ?
Oui, c'est clair. J'ai ouvert une structure de stages à Menton et à Monaco. Cela me plait car j'ai l'occasion de rouler avec les cyclotouristes et de transmettre ma passion. J'ai l'ambition d'étendre ce projet à d'autres endroits où j'ai pu m'entrainer durant ma carrière.

Est-il envisageable de te retrouver, un jour, derrière un volant en tant que directeur sportif ?
Je ne pense pas. Il ne faut jamais dire jamais mais cela ne me correspond pas vraiment. Je me vois davantage guider les jeunes vers le niveau professionnel, m'occuper de l'aspect purement sportif. Nous verrons cela plus tard. Pour l'instant, je suis encore coureur cycliste et comme vous l'aurez compris, je ne suis pas prêt de raccrocher.

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